Deux-Sèvres : à la campagne aussi, le street art trace sa route

Grâce à l’action des artistes et des municipalités, le street art fleurit partout sur les murs deux-sévriens. Des fresques avec la campagne en toile de fond.

Pour peindre, il n’y a rien de mieux qu’une cabane au milieu d’un champ. Tant qu’il y a des murs, c’est intéressant, confie Julien Colombier. Perché sur son chariot élévateur, le street artiste a redonné vie à un grand mur, près du quai Métayer, à Niort. Une fresque tropicale, réalisée à grand renfort de couleurs vives et à l’occasion du 4e Mur, un festival de street art lancé dans la capitale deux-sévrienne en 2010. Popularisé outre-Atlantique dans les années 1960, ce mode d’expression artistique n’est plus réservé au milieu urbain. De Thouars à Vasles, en passant par Exireuil, il suffit d’ouvrir l’œil pour apercevoir l’une des nombreuses fresques qui parsèment le département, même dans sa campagne la plus reculée.

Je suis aussi une adepte du graff à la campagne, il apporte quelque chose de nouveau et fait bouger les mentalités rurales. Isaure, peintre et graffeuse poitevine

Pour Rebeb, un graffeur trentenaire originaire de Coutières, l’histoire commence en 2012. D’abord sur les pans de la maison familiale, puis sur des murs d’expression libre, à Poitiers. De fil en aiguille, sa passion devient son métier. Sa marque de fabrique ? Des portraits réalistes en noir et blanc, avec quelques phases colorées. « Franchir la porte d’un musée n’est pas évident pour tout le monde, c’est une manière de rendre l’art accessible à tous », exprime Rebeb, qui travaille sur des projets locaux avec Isaure, une artiste poitevine. « Je suis aussi une adepte du graff à la campagne, il apporte quelque chose de nouveau et fait bouger les mentalités rurales », prône-t-elle.

Des municipalités réceptives

Et pour importer la discipline à la campagne, Rebeb multiplie les initiatives, en accord avec les mairies locales. Les graffeurs en herbe lui doivent les murs d’expression libre au stade et au gymnase de Vasles, 1.700 habitants. « Un lieu dédié où tout le monde peut y peindre librement, on ne sait jamais combien de temps notre œuvre va rester. Il m’arrive même de recouvrir mes propres œuvres », explique-t-il. Un dispositif encadré par une charte, qui proscrit les messages politiques, religieux ou pornographiques. Et cet engouement pour le street art, les municipalités l’ont bien compris. Elles n’hésitent pas à commander d’immenses fresques, pour redonner du peps à leurs murs gris. « J’ai peint un grand martin-pêcheur sur l’abbaye des Châteliers à Fomperron, il y a quatre ans. En juin, j’ai réalisé un regard sur 130 m², à Bressuire », cite Rebeb, dont les fresques se comptent par dizaine dans le département. Secondé par deux agents municipaux, il avait carte blanche pour donner un coup de jeune à la façade du lycée Saint-Joseph.

En un an, une quinzaine de fresques ont fleuri sur les murs de Bressuire. Les démocratiser est presque devenu une politique de la Ville. « On veut montrer l’universalité du street art, il n’est pas réservé aux grandes villes et fait partie du patrimoine », plaide Naoil Chekraoui, chargée du service culturel de Bressuire. Pour réaliser ces fresques dans le cadre de l’année de la jeunesse, la Ville a invité et passé commande auprès de grands noms du street art, comme Jef Aérosol. L’artiste pochoiriste nantais, considéré comme un pionnier de la discipline, garde un bon souvenir de son passage à Bressuire, cet été. « Je ne fais pas de hiérarchie entre l’urbain et le rural. Dans la rue, l’œuvre interagit avec la pluie, le soleil, le vent, l’ambiance. C’est ce qui la rend vivante. »

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